
Weiyen Tseng est doctorant. Il prépare une thèse intitulée « L’imaginaire de Tokyo par le prisme du transport : la représentation du transport tokyote dans le cinéma depuis 1980 » sous la direction d’Emmanuel Siety.
Le transport, qui englobe les véhicules de déplacement et les infrastructures qui les facilitent et régulent, n’est pas seulement l’affaire des urbanistes et des ingénieurs, mais aussi une affaire de cinéma – une affaire audio-visuelle. Il y a des cinéastes qui explorent systématiquement le transport dans leurs œuvres (Wim Wenders, Abbas Kiarostami, Hou Hsiao-Hsien, etc). Encore plus intrigant, tous ont tourné des films dans la capitale du Japon, dans lesquels ils n’ont pas manqué de confirmer leur fétichisme pour le transport. S’agit-il d’une pure coïncidence stylistique ? Peut-être moins que nous ne le pensons quand on prend en compte l’écart géoculturel qui les écarte les uns des autres et du Japon. Il s’avère en effet difficile d’omettre le transport lorsqu’on essaie de représenter cette ville, que ce soit par le truchement de la fiction ou de l’essai filmique. Comme le constate Chris Marker dans Sans Soleil, Tokyo est une ville traversée par ses réseaux de transport de la même manière que le corps est parcouru par ses artères. Tokyo s’impose donc comme un terrain fécond pour ces cinéastes désireux d’expérimenter le motif du transport dans les films. De plus, ce motif, entendu au sens large du terme, ne fascine pas uniquement les cinéastes étrangers qui posent un « tourist’s gaze » (John Urry) sur la ville. Chez les cinéastes japonais tels que Kiyoshi Kurosawa et Hirokazu Kore- eda, on entend fréquemment le bruit du passage des trains dans le hors-champ de plans où les personnages restent relativement immobiles à l’intérieur, ou l’on assiste à des plans plus ou moins prolongés sur des « non-lieux » (Marc Augé). Cette thèse propose une analyse figurative et narrative du motif de transport dans les films sur Tokyo depuis 1980 à nos jours. Cette période constitue un moment charnière, marquée à la fois par le retour d’une conscience de l’espace et par une remise en question de la modernité à travers une réflexion sur le transport. Un nouveau rapport à la mobilité, au progrès et à la ville s’y esquisse et informe notre lecture des objets audio-visuels. Nous tentons ainsi de trouver les solutions filmiques pour rendre perceptible et sensible ce rapport, ainsi que les déterminants socio-culturels qui orientent notre interprétation.




