Speakers
Lobodenko Kateryna
Chercheuse associéeSannelli Danilo
DoctorantStart
5 mai 2026
End
5 mai 2026
Address
Maison de la recherche de la Sorbonne Nouvelle - Salle Athéna - 4, rue des Irlandais 75005 Paris View mapL’objectif de ce colloque est d’analyser ce que les dynamiques transnationales font aux formes esthétiques et aux trajectoires artistiques (biographies, exils, diasporas, circulations) dans les arts de la scène et de l’image. Le colloque entend interroger l’art en mouvement : mouvement des imaginaires d’une part, mouvement des artistes et des œuvres de l’autre. Il ne s’agit pas de redéfinir “l’Orient” comme un bloc homogène, mais de comprendre comment traditions visuelles et trajectoires géoculturelles se rencontrent, se déplacent et se transforment, jusqu’à produire des objets artistiques échappant aux frontières d’une seule nation ou d’une seule langue. L’“Orient” est ainsi envisagé comme une construction plurielle, issue de l’accumulation de récits, d’images et de représentations. Historiquement associé, dans les cultures européennes, aux espaces situés à l’Est de l’Europe, il a constitué un motif central de l’orientalisme littéraire et artistique du XVIIIᵉ au XXᵉ siècle. Cet imaginaire du lointain – fait de ruines antiques, de palais, de voiles, de déserts ou de villes mythifiées – n’a jamais été uniforme : il s’est élaboré à partir de multiples “Orient(s)”, réels ou rêvés, savants ou populaires, historiques ou intimes. Ces caractéristiques – pluralité des référents, circulation des motifs, hybridation des sources culturelles et sensorielles – invitent à mettre cet héritage en relation avec des phénomènes plus récents, notamment le développement de formes artistiques transnationales.
À partir de la fin du XXᵉ siècle, le cinéma, mais aussi les arts de la scène, se déploient de plus en plus dans des réseaux internationaux de financement, de production et de diffusion. Le transnational ne désigne pas seulement une échelle globale opposée au national, mais une interdépendance de formes, de pratiques et de trajectoires: coproductions multi-pays, circulations de récits, collaborations artistiques, mobilités d’acteurs et de réalisateurs, transferts de styles et d’imaginaires. Les œuvres se conçoivent désormais dans des configurations multi-situées, à la croisée de plusieurs espaces culturels et linguistiques.
Confronter l’Orient au transnational revient ainsi à observer comment un imaginaire ancien, souvent associé à l’exotisme ou à l’ailleurs, devient un matériau esthétique remobilisable dans des contextes de création hybrides et non strictement nationaux. Là où l’orientalisme inventait l’ailleurs par l’image et le récit, les pratiques transnationales contemporaines inventent un « entre-les-ailleurs » fondé sur la coopération, la circulation et l’hybridation des dispositifs artistiques.
Ce dialogue entre un Orient longtemps rêvé dans les cultures européennes et des pratiques contemporaines de création sans frontières fixes permet de poser une question centrale : qu’adviennent les formes et des récits artistiques lorsque « l’ailleurs » n’a plus une seule origine mais se construite trajectoires multiples, de lieux de production divers et de circulations transnationales ? Dans ce contexte, le transnationalisme se distingue à la fois de la mondialisation et du seul cadre postcolonial : il renvoie à des configurations artistiques et économiques combinant plusieurs cadres nationaux, linguistiques et culturels, sans s’y réduire.
En France, les notions de cinéma, de théâtre ou de littérature transnationaux ne font pas l’objet de définitions stabilisées. Les œuvres contemporaines, souvent conçues pour circuler entre plusieurs espaces, dialoguent avec différents publics et brouillent les frontières entre identités artistiques nationales. Les trajectoires d’artistes en migration ou en exil, soutenues par des réseaux internationaux de production, de diffusion ou de collaboration, participent à cette recomposition. Étudier le transnational aujourd’hui revient ainsi à observer concrètement les circulations des formes, des langues et des imaginaires, et à comprendre comment l’« ailleurs » devient un principe de création partagé.









